Un roman noir, noir, noir de chez noir ! On se retrouvera, de Laëtitia Milot dénonce le scandale de l’impunité des coupables dans nombreux crimes sexuels où les victimes sont souvent des femmes. Margot, une jeune femme d’une trentaine d’années, part à la recherche des violeurs de sa mère car l’un d’eux pourrait être son père biologique. Sa mère a subi le plus terrible des viols, celui où les violeurs se relaient pour avilir la femme, la jettent à terre comme une bête, l’insultent et la martyrisent. Non contents de jouir de son corps, ils le brutalisent et l’estropient. Margot veut comprendre ce qui s’est passé neuf mois avant sa naissance. Sa mère lui a confié ce secret, terrible et enfoui depuis trente ans, sur son lit de mort à l’hôpital. Qu’est-ce qui l’a poussé à parler si longtemps après les événements alors qu’elle s’était tue jusqu’à présent? Et ce père, indigne, qu’est-ce qui avait pu lui passer par la tête pour, avec ses copains, attaquer cette jeune fille qui tranquille rentrait chez elle à pied le soir du drame, comme s’il s’agissait d’une bonne farce? Margot se sent avilie et dépossédée comme si c’était elle qui avait subi ce viol collectif.
Laëtita Milot débute son roman par la scène du viol. Horrible et dense, cette scène écrite à la première personne scotche d’emblée le lecteur qui ne laissera pas la lecture avant d’être arrivé à la dernière ligne. Un roman magistral, orchestré de main de maître où la douleur, la passion et l’amour se mêlent à la folie des hommes en un condensé de fulgurante vérité. Qu’importe si parfois un cliché éculé surgit de l’ombre ou si ce sont toujours des goulées d’air que Margot avale pour reprendre pied après certaines découvertes inacceptables, le plaisir de la lecture est au rendez-vous et le roman digne de figurer parmi les plus grands du genre. Mais y a-t-il un genre lorsqu’il s’agit de décrire la souffrance des femmes?
Laëtitia Milot, On se retrouvera, Fayard, Noir, 2013, 333 pages, 19 €









